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16/01/2009

US Airways: les dangers des oiseaux, les compétences du Commandant

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Un Airbus A-320 avec 151 personnes à son bord s'est abîmé dans les eaux glacées de l'Hudson, au large de Manhattan, à New York (Reuters)

Sur les vingt dernières années, les collisions entre avions et oiseaux ont fait 219 victimes humaines dans le monde, selon l’organisme Bird Strike Committee USA. John Ostrom, président de ce comité piloté par des représentants de l’administration fédérale de l’aviation, du département de l’agriculture des Etats-Unis, du Département de la Défense, de l’industrie aéronautique et des aéroports, travaille à réduire la menace que posent oiseaux et autres animaux sauvages aux avions. Peu après l’atterrissage forcé jeudi dernier du vol 1549 d’US Airways dans les eaux glacées de l’Hudson, Ostrom, manager des opérations en vol à l’aéroport international de Minneapolis-Saint Paul s’est entretenu de ces dangers avec Newsweek. Voici des extraits de cet entretien :

NEWSWEEK : Les accidents avec les oiseaux représentent-ils un grand danger pour les avions commerciaux ?

- John Ostrom : Ils peuvent constituer un danger très important, selon le type d’oiseau en cause, et la phase de vol dans lequel on se trouve. Les collisions avec des oiseaux sont courantes — en fait, il en survient chaque jour, partout dans le monde. Pas au point de voir une pluie d’avions tombant du ciel, mais les collisions avec les oiseaux sont des incidents courants.

Qu’est-il arrivé au vol d’US Airways, selon vous ?

- Je ne voudrais pas spéculer sur les événements intervenus à [l’aéroport de] LaGuardia, il faut savoir que les oiseaux peuvent causer de nombreux problèmes à un avion : ingestion par les réacteurs, chocs sur les surfaces de contrôle, par exemple.

Pouvez-vous en dire plus ? Comment une collision avec un oiseau peut-elle entraîner une panne des moteurs ?

- Un réacteur est composé de plusieurs couches de lames qui aspirent l’air, le compriment, le réchauffent et l’envoient vers l’arrière. Les lames aspirent l’air à la façon d’un aspirateur géant. Lorsqu’un oiseau se retrouve dans ces lames, il peut les arracher, les briser, les déformer. Lorsque ces lames brisées circulent dans le réacteur, elles peuvent l’endommager plus gravement encore — allant jusqu’à paralyser son fonctionnement, ou amener le pilote à le couper. Si les morceaux restent dans le réacteur, il s’agit d’une panne moteur contenue. Si le choc est si violent que les morceaux sont expulsés par les côtés des moteurs, il s’agit d’une panne moteur non contenue.

Comment les compagnies aériennes font-elles pour protéger leurs avions des collisions avec les oiseaux ?

- Une fois que l’avion a quitté le sol, c’est plutôt difficile. On agit principalement au niveau de l’aéroport. Ceux-ci ont le devoir de fournir à leurs utilisateurs un environnement sécurisé. L’essentiel de la gestion de l’environnement animal est effectué au niveau de l’aéroport.

Quelles mesures prend-on en particulier ?

- Il s’agit d’une approche globale, consistant à intervenir sur l’habitat naturel des oiseaux — on modifie le milieu naturel de l’aéroport afin que les oiseaux n’y soient pas attirés. Et l’on utilise l’exclusion, qui consiste à empêcher aux animaux de toutes espèces l’accès ou l’utilisation de votre aéroport, que ce soit par des clôtures, ou des fils leur permettant de percher.

Certains aéroports sont ils plus dangereux que d’autres à cet égard ?

- Je ne pourrais le dire. Cela dépend des espèces d’oiseaux qui vivent dans la région. À chaque espèce correspond un danger différent, et cela dépend du programme de contrôle mis en place par l’aéroport.

Quel est l’oiseau le plus dangereux, ou le plus souvent impliqué ?

- Les grands oiseaux, ou les nuées d’oiseaux sont plus dangereux que les petits oiseaux qui volent seuls. Tout dépend, au niveau de chaque aéroport, des espèces d’oiseaux qui vivent dans le coin. En supposant que vous ayez affaire à des oies du Canada et à des corbeaux, à vous de décider lequel est le pire. Tous les oiseaux sont dangereux, chacun pose un risque différent.

Quel pourcentage de ces collisions mène à un accident fatal ?

- Depuis 1988, 219 personnes dans le monde sont mortes à la suite d’une collision avec un oiseau. Aux Etats-Unis, les dommages causés par les collisions avec oiseaux et autres animaux coûtent chaque année plus de 600 millions de dollars à l’aviation civile et militaire.

Les collisions avec les oiseaux sont-elles plus courantes dans l’aviation civile, ou l’aviation militaire ?

- Chacune est concernée au même titre par ce danger. Dès qu’on vole dans un environnement peuplé d’oiseaux, il y a un danger.

Mène-t-on des recherches en vue de réduire le nombre de collisions ?

- On mène beaucoup de recherches visant à évaluer divers outils qui permettraient de réduire les risques. En ce moment, on cherche beaucoup du côté des radars. La FAA (Federal Aviation Administration) finance une partie des recherches, mais le reste est financé par des fonds privés.

Source: nouvelObs.com
Vendredi 16 janvier 2009
par Chanan Tigay


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